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Qui a le monopole de la définition de la violence?

Depuis les grandes manifestations du 17 et du 24 octobre en France, le discours politique et médiatique s’est tourné de manière disproportionnée sur la dégradation matérielle plutôt que sur les revendications du peuple. Un écran de fumée classique qui pose une question fondamentale : qu’est-ce que la violence et qui a le monopole de sa définition?

Plusieurs chercheur·ses ont déjà abordé le sujet, notamment le sociologue Nicolas Framont, dans son ouvrage Saint Luigi : comment répondre à la violence du capitalisme? Framont y questionne notre rapport à la mort, à la violence et aux modalités de la lutte sociale dans ce livre qui évoque l’assassinat du PDG de United Healthcare aux États-Unis en 2024.

Mais ce sont surtout les mots d’Hélder Câmara, un archevêque brésilien décédé en 1999, qui méritent d’être à nouveau mobilisés pour résumer la situation.

Il existe trois formes de violences, disait-il. La première (et celle qui conduit à toutes les autres) est la violence institutionnelle, organisée et perpétuée par les gouvernements et le capitalisme. Celle qui écrase le peuple. Celle qui institutionnalise la casse sociale, détruit l’école, les services publics, celle qui précarise les vies.

De cette violence invisibilisée, naît alors une seconde violence, une violence révolutionnaire, qui a pour but d’abolir le système d’oppression dont découle la première.

La troisième est la violence répressive dont l’objectif est d’étouffer la seconde, tout en permettant à la première de perdurer. Et il n’y a pas pire hypocrisie de n’appeler « violence » que la seconde, ajoutait Câmara.

Les mots sont importants. Car le pouvoir définit la violence uniquement par sa forme physique (jeter des pavés sur les policiers), matérielle (casser des vitrines, mettre le feu aux poubelles) et surtout, par sa forme spectaculaire, dont sont friands les médias. Cette violence est fermement condamnée par le pouvoir, criminalisée et condamnée moralement par les toutologues et autres expert·es de tout et de rien sur les plateaux télé. Une façon de verrouiller le dictionnaire et de s’ériger en seul producteur d’une définition véritable de ce qu’est la violence.

Ce sont elleux, avec les représentant·es du pouvoir, qui ont le monopole de nommer la violence et d’imposer une lecture sociétale. Cette violence, qui fait qu’on s’émeut plus d’une vitrine brisée que d’une main arrachée, passe sous silence toutes les vies brisées par des gouvernements qui privilégient les intérêts des puissants au détriment du peuple. Les choix économiques et légaux qui tuent à petit feu les citoyen·nes, eux, ne sont encore que rarement analysés sous l’angle de la violence.

Combien de personnes mortes au travail? Combien de personnes (sur)vivent à la rue? Combien d’autres meurent, car iels n’ont pas eu accès à un système de santé publique digne de ce nom, ne pouvant s’offrir les services du secteur privé?

La véritable violence, la plus destructrice et la plus sauvage porte un costume-cravate et s’exerce depuis les cabinets ministériels et les grandes tours des centres-ville.

La solidarité crée un avenir. Le capitalisme détruit, détruisons-le! Le fascisme tue, combattons-le!

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